
Soirée Médiévale à l'Estaminet
Les Amis de l'Estaminet et de la culture nous ont offert, ce samedi 31 mai 2008, une soirée "culture et gastronomie" particulièrement réussie. Après s'être impliquée dans la "fête du jeu" qui se déroulait toute la journée; en fin d'après-midi, l'association s'affairait pour mettre en place la soirée médiévale. L'Estaminet affichait complet, il avait même fallu refuser du monde !
Cette soirée originale qui mélangeait modestement toute forme "d'arts", me fait penser au philosophe Michel Onfray qui écrit dans sa chronique du mois de juin 2008 (lire) :
"L’œnologie et la gastronomie, qui sont des arts à part entière, obéit à la même logique - même si des esprits chagrins, formatés par la pensée institutionnelle, le regard paralysé sur la Critique de la faculté de juger de Kant, affirment la suprématie de l’ouïe et de la vue sur les autres sens et ne jurent que par la classification des beaux-arts classiques qui exclut d’intégrer les arts de la table et du vin aux côtés de la musique et de la peinture. L’odorat et le goût restent des sens non nobles pour ces gens ignobles. "
C'est sans doute "instinctivement" que les Amis de l'Estaminet, sans vouloir nécessairement se dégager de "la pensée institutionnelle ", avait établi ce programme tout simplement pour stimuler les sens de chacun, bref pour "faire plaisir" " :
Une conférence du Philippe Luez, conservateur du musée national de Port Royal associé avec Stéphane Coviaux spécialiste du moyen-âge et professeur à Guez de Balzac à Angoulème sur les repas aux moyen-âge a capté l'attention de l'auditoire.
Je dois avouer avoir fait quelques découvertes sur cette période à la fois très connue et ... très méconnue de 1000 ans de notre histoire. Une heure d'un exposé brillant que nous n'avons pas vu passé. Voici ce que j'ai retenu pêle-mèle (je n'ai pas pris de note) :
Les famines n'étaient pas aussi fréquentes et catastrophiques que l'on veut bien nous le faire croire, il y avait évidemment trois "régimes alimentaires" en fonction du status social : les paysans, le clergé et la noblesse, le développement du catholicisme a beaucoup influé sur l'implantation de la culture de la vigne en France. les repas de la noblesse était un signe d'affichage de la richesse du seigneur qui pouvait aller jusqu'au gachis ! les recettes de cuisine écrite par les grands cuisiniers n'avaient pas de proportions encore moins de grammages des ingédients. Il faillait donc manifestement l'essayer avant de se lancer dans la confection d'un repas. L'Eglise catholique n'a pas érigé beaucoup d'interdits alimentaires à la différence des religions juive et musulmane (porc, alcool, etc..) mais a beaucoup condamné les excès (péché de gourmandise). Il fallait donc manger et boire modérément d'où de nombreuses périodes de jeûn et de carême.Quelques bons moments :
Au delà du nord de la Seine et des côteaux de l'Aisne, il était impossible de cultiver la vigne et donc de faire du vin. Le clergé des pays du nord ont donc officiellement demandé au Pape s'il n'était pas possible de dire la messe avec ... de la bière ! Réponse du Vatican : ..impossible ! Et c'est ainsi que le commerce du vin s'est développé. L'ordre des moines cistercien (l'abbaye de Port Royal était une abbaye cistercienne), créé par Robert de Molesme et dont le père spirituel est Saint Bernard, a beaucoup critiqué l'ordre des moines bénédictains (créé par St Benoît) pour ses excès. La lecture par nos conférenciers d'un texte polémique de Bernard de Clairvaux donnant une description détaillées des nourritures terrestres des bénédictains, pour mieux les fustiger, donnait vraiment envie de se faire ... bénédictain !Le groupe vocal CANTEMUS composé d'une douzaine de chanteurs (dont 2 magnycois) était chargé de l'animation musicale de la soirée. Son répertoire "a capela", spécialement préparé pour ce 31 mai, nous a partuculièrement ravi. Il commença par des chants religieux du moyen-âge magnifiquement interprétés.
Pour en avoir une petite idée, cliquez sur chaque image : (Il vous faut le lecteur gratuit real)
La partie repas du récital était évidement moins austère mais quel régal ! Pourtant l'exercice était diffcile : capter l'attention du public alors que celui-ci mange et parle, était un dur challenge, l'épreuve à mon sens a été parfaitement réussie. Les "cris de Paris" ou le "chant des Oiseaux de Clément Jannequin, "file la laine" et quelques autres chants anglais sans oublier un chant " à boire" ponctuaient la soirée entre deux plats. Les applausissements nourris confirmaient la satisfactions des spectateurs.
Le repas véritablement médiéval avait été composé et confectionné par les Amis de l'Estaminet et de la Culture :
- Hypocras (fabriqué "maison" ) en apéritif
- petits pâtés aux châtaignes
- poulet farci aux figues et dattes avec une purée de pois cassés
- fromage à la louche au miel et au pavot
- "soupe du sarrazin" en dessert
- le tout "arrosé" de vin "clairet"
Au regard de la conférence de MM Luez et Coviaux, c'était manifestement un menu "noble".
Belle soirée ! En cloture, la présidente, Josette, incita les participants à se rendre aux concerts de Cantemus (voir sur leur site) et à aller visiter la magnifique exposition de Mère Geneviève Gallois (voir sur site de Port Royal). Elle remercia chaleureusement :
- les jeunes castelfortains pour le prêt des costumes et de la vaisselle en terre,
- tous les convives,
- le groupe Cantemus,
- les conférenciers MM Luez et Coviaux,
- les nombreux bénévoles de l'association,
- les Elus présents (Bertrand Houillon, Frédérique Dulac, Thierry le Bail, Evelyne Sillard) et la municipalité de Magny et ses services.
Cette page, grâce à internet, peut rendre compte des aspects visuels et auditifs de la soirée mais pour les autres sens (toucher, odorat et goût) ... on n'a pas encore trouver le moyen de diffuser autrement qu'en participant, ce qui explique les succès de ce type de manifestations. Plusieurs convives ont quitté l'Estaminet en demandant la date de ... la prochaine !
mise en ligne le 2 juin 2008 - mise à jour le 5 juin 2008