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Un vélodrome pour Bouygues ?

Le comité syndical de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines avait à son ordre du jour le contrat de partenariat public-privé concernant la réalisation d'un vélodrome d'envergure nationale, voire internationale, sur notre territoire. Cet équipement avait été initialement prévu à l'occasion de la candidature de Paris pour l'organisation des jeux olympiques de 2012. Il est prévu au nord de la base de loisirs. On sait ce qu'il est advenu de cette candidature par conséquent il aurait été intéressant qu'un débat intervienne dans toutes les communes et à la communauté d'agglomération pour savoir si ce type d'équipement se justifiait encore.

Je sais que de nombreux amateurs de vélo sont intéressés mais cela justifie-t-il de dépenser des sommes aussi importantes ? En 1984, lors de l'inauguration du palais omnisports Paris-Bercy, une piste cycliste de vitesse démontable avait été prévu et à ma connaissance n'a jamais servi. Nous ne sommes plus à l'époque du Vel' d'Hiv' ou le sport cycliste de piste attirait des milliers de spectateurs. Aujourd'hui c'est le football, le tennis, le basket et quelques autres sports bizness à la mode qui attirent les foules ! Un équipement « vélodrome » ne pourra donc trouver son équilibre financier qu'au travers d'activités comme des spectacles grandioses, des séminaires et autres superproductions. Alors qu'il existe déjà des équipements de ce type dans la région parisienne et qui ont du mal à « remplir » leur planning, est-il raisonnable de poursuivre la réalisation de cet équipement alors que les conditions politiques et économiques ont considérablement changé ?

Pour toutes ces raisons, ce point à l'ordre du jour n'est pas passé facilement lors du comité syndical du 22 mars. Outre les élus communistes et républicains qui ont voté contre, un certain nombre d'élus de gauche se sont abstenus et surtout trois maires ne l'ont pas approuvé, Pierre Sellincourt (La Verrière), Guy Malandain (Trappes en Yvelines), qui ont voté contre et Jacques Lollioz (Magny-Les-Hameaux) qui n'est pas venu au comité. C'est avec l'apport des mairies de droite que ce projet a finalement été adopté.

Cette situation a provoqué une réaction des élus de la communes de La Verrière que voici :

"Le vélodrome : des risques financiers durables pour l’agglomération pour un équipement inutile pour la majorité des saint quentinoisNous avons voté contre l’autorisation donnée au président de signer le contrat de partenariat public privé, pour la réalisation du vélodrome, tout comme 5 autres délégués de Trappes et de Magny les hameaux, pendant que deux autres délégués s’abstenaient. Nous sommes loin de l’unanimité voulue par le Président : seuls parmi les maires, ceux des villes de droite sont intervenus lors de la séance du conseil pour soutenir ce projet. Trois raisons nous ont conduits au rejet de cette délibération

En premier lieu et sur la forme

Le Président Cadalbert présentait le projet le 19 octobre, en présence de la ministre Rama Yade, sans que les Elus n'aient été ni informés, ni invités et avant que le Conseil Communautaire n’ait délibéré. Ceci constitue un précédent et un acte non conforme aux principes démocratiques de fonctionnement de la CASQY..

Par ailleurs, les élus communautaires n’ont eu le droit pour se prononcer que d’informations éparses et incomplètes, ne leur permettant pas d’avoir une idée précise des enjeux et des risques financiers pris par la CASQY.

Ensuite sur les enjeux financiers :

Cet équipement finira par coûter cher à l’agglomération. Celle ci paiera, en effet, un loyer de plus de 4,1 millions d’euros par an pendant 27 ans, en plus du reversement de 43 millions de subventions et des investissements complémentaires pour permettre la réalisation du vélodrome.

Pendant cette même durée, pour toutes recettes, le groupement VELOPOLIS, initié par Bouygues, ne reversera que des participations estimées à 1,6 millions d’euros et celles-ci ne sont aucunement garanties.

Comme le rappelait des députés et sénateurs de gauche en juillet 2008 lors du vote de la loi réformant ces procédures de partenariat public privé, les risques sont pour le secteur public et les profits pour l’entreprise privée.

Car dans le même temps, la CASQY permet à Bouygues de réaliser une vaste opération immobilière très profitable de 35 000 m2 au minimum, une autre tranche devant suivre.

Enfin sur la conception du développement durable de notre agglomération,

Cette opération d’aménagement comprenant le vélodrome et ces constructions ne correspond en rien à la conception du développement durable et solidaire pour notre territoire. .

Car en définitif, il s’agit de réaliser un équipement de prestige à vocation nationale qui avait son sens avec le projet Paris olympique 2012, mais qui perd son intérêt aujourd’hui dans un contexte de crise financière et économique et de réduction des ressources de l’agglomération.

Le vélodrome ne répond à aucun des besoins prioritaires des habitants de Saint Quentin.

C’est un équipement spécialisé, destiné à quelques centaines d’initiés en France et seul l’accueil d’activités commerciales et de services destinés aux entreprises apportera quelques recettes.

L’aménagement du quartier n’a pas été défini par l’agglomération et nous ne savons rien du programme de logements et d’activité qui sera réalisé par Bouygues.

Le développement durable et solidaire de Saint Quentin n’a rien à voir avec de tels choix. On nous affirme que l’enjeu est l’attractivité économique du territoire, c’est le même argument que la droite nous sert depuis très longtemps. Encore et toujours de l’argent public pour favoriser l’implantation ou le maintien des entreprises pendant que celles-ci licencient et détériorent les conditions de travail des salariés.

Pour toutes ces raisons, nous ne pouvions autoriser le Président à engager l’agglomération à supporter une charge nouvelle aussi importante. Car seule l’agglomération s’engage financièrement dans ce projet .Ce n’est ni la cas de l’Etat, qui aurait du avoir la responsabilité de porter ce type d’équipement, ni de la région ni du conseil général.

En ce moment difficile pour l’agglomération, pour les villes et pour les habitants de notre territoire, d’autres choix doivent être faits.

Nos investissements doivent être recentrés pour répondre prioritairement aux besoins sociaux des saint quentinois, pour améliorer des équipements existants et pour financer de nouveaux quartiers réellement durables et solidaires. Il n’y a pas d’autres priorités ni d’urgence que celles-ci.

Pierre Sellincourt, maire de la verrière et vice président de la casqy - Alain Hajjaj, maire adjoint de la verrière et vice président de la casqy"

Pour ma part, j'approuve totalement cette déclaration et je crois qu'il serait bien que les élus des communes s'en emparent également car dans le contexte rappelé plus haut, ce serait pour le moins paradoxal que l'on réalise ce vélodrome tandis que l'on dira aux communes, il n'y a plus d'argent pour réaliser vos équipements de proximité. Dans l'incertitude financière rappelée plus haut, certaines projections budgétaires envisageraient de réduire de moitié (on passerait de 50 millions d'euros à 25 millions d'euros) les investissements pour travaux et équipements neufs dans les années à venir ! ! ! J'entends même parler de surtaxe sur le foncier bâti et la taxe d'habitation.

Magny-Les-Hameaux a notamment besoin d'une école pour remplacer la démolition de Claude Debussy. J'avais, lors des débats qui ont eu lieu à cette occasion, attirer l'attention du maire sur les risques financiers que cela représentait. Magny-Les-Hameaux a également besoin d'une vraie médiathèque et ludothèque. Rapporté au nombre d'habitants, c'est Magny-Les-Hameaux qui a le plus grand nombre de lecteurs de l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines et c'est la seule commune qui n'a pas d'équipement «en dur ». Après la décision de la casqy de réaliser ce vélodrome, j'espère que l'on n'aura pas l'outrecuidance de venir dire aux Magnycois : la situation financière ne permet plus de les réaliser.

ci-contre la constrution en cours de la médiathèque provisoire (qui va durer ?) de Magny

Comme toujours, on présente le projet en termes d'activité économique et d'emploi. Cet argument ne tient pas à l'analyse, car dès que l'on fait des investissements cela a toujours des retombées. La question qui se pose c'est de savoir où l'argent public investi sera le plus rentable économiquement, socialement, écologiquement ? Je ne vais pas dans ce court article dresser une liste des besoins sociaux actuels qui ne sont pas satisfaits mais il est clair que si je la faisais, un vélodrome n'y figurerait pas mais des pistes cyclables sûrement, la construction et l'isolation de milliers de logements et d'équipements aussi, l'investissement dans les transports, la santé et l'économie sociale et solidaire et de proximité également.

Aujourd'hui, sous Sarkoland, les seules décisions qui comptent, sont celles qui favorisent les grands groupes financiers. Dans le cas présent, c'est Bouygues qui ramasse la mise. Le poison idéologique du libéralisme a pénétré partout y compris dans des esprits cartésiens de gauche. Heureusement, il n'est jamais trop tard pour se ressaisir et reprendre contact avec la réalité.

Pour toutes ces raisons, je pense que les élus municipaux des 7 communes de l'agglomération ainsi que les habitants doivent s'emparer de cette question et interviennent auprès de la communauté d'agglomération pour qu'elle renonce à cette dépense inutile et pharaonique. Pour ma part je m'y emploierai.

 

 

mise en ligne le 3 novembre 2009

 

 

la Communauté d'Agglomération SQY